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Nazeh Ben Ammar, notre invité pour ce voyage à travers le temps, entre
passé et présent, est un homme d'exception. Cet homme d'affaires,
ingénieur de formation, est aussi un père d'une craquante fillette de
trois ans. A quarante ans, il a réussi sa vie professionnelle en misant
sur des réformes innovatrices qui profitent à son entreprise familiale.
Dès le premier abord, et au-delà du fait qu'il fut un jour une graine de champion, et qu'il est aujourd'hui un homme d'affaires épanoui, sa simplicité et son humilité sont frappantes. Il n'est guère question d'éloges ou de flatteries à la noix, mais l'élégance, le charisme, la prestance et le parcours de M. Ben Ammar impressionnent réellement. Une personnalité qu'on a envie de prendre comme exemple et qu'on adoptera volontiers ses idées émancipatrices. En effet, cette force tranquille, à la fois passionné et passionnant, a su faire gage d'intelligence et de longévité dans un monde sans merci. Même si aujourd'hui, avec de 12 à 14 heures de travail par jour, il n'a plus vraiment le temps de faire du sport.
Les germes de la réussite :
L'ainé de ses quatre frères, Nazeh Ben Ammar a grandi au sein d'une famille unie, aimante et assez aisée. Avec des parents enseignants, un père mathématicien de formation qui a choisi la fonction publique, et une mère physicienne qui a opté plutôt pour le secteur privé, il a eu la chance de pouvoir comparer, d'après l'expérience de ses parents, les options qui s'offriront à lui plus tard avec la rencontre des antipodes sur son seuil. En parallèle, il s'est vu inculquer, dès son plus jeune âge les plus nobles valeurs pour faire de lui aujourd'hui un homme de principe.
Le fait d'évoluer dans un milieu d'affaires, sa mère étant la cofondatrice de la société dans laquelle il travaille, a ajouté à son tempérament intrépide, un sens élevé de la discipline. L'environnement saint et équilibré dans lequel il fut bercé est pour beaucoup dans l'image de l'homme couronné de réussite qui se présente à nous, fier de ce qu'il a déjà accompli et en quête perpétuelle du meilleur, de l'absolu. Mais encore fallait-il beaucoup d'acharnement, de force de caractère et de volonté! Et ceci ne manquait guère à l'appel, puisque jeune, il fut épris par le monde du sport. Il a entretenu de ce fait sa compétitivité avec la pratique de la natation. Considéré comme un as de demain, en spécialité dos, accumulant à son actif deux médailles d'or, une d'argent et une de bronze, il fut un talent prometteur de la natation tunisienne dans son enfance. À l'âge de 14 ans, pour des soucis de santé, il était contraint d'arrêter ce sport. Cependant, il a repris de plus belle quelque temps après avec une nouvelle discipline : le basket-ball. Peut-être est-ce un héritage insoupçonné qu'il tenait d'un père qui fut jadis l'un des fondateurs de l'équipe de handball du fameux Club Africain. En bon pragmatique, Nazeh Ben Ammar a su également faire preuve de lucidité en menant à bon terme ses études secondaires. Bien que le sport et la vie ordinaire d'adolescent ouvrant ses bras aux lots de surprises, de jovialité et de somptueuses découvertes que dame nature nous offre l'aient un peu occupé, il a pu décrocher son bac en 1985 au lycée Monfleury, à une période de l'histoire scolaire assez mouvementée avec des grèves et maints outres problèmes. Malgré une année difficile, il parvint néanmoins à obtenir son premier choix, et accéda aussitôt au prestigieux Institut de Hautes Etudes Commerciales.
Le challenge à l'américaine
Le temps coule comme l'eau. Oui, tous autant que nous sommes, nous fûmes jeunes, à peine gais pour certains lorsque des décisions qui gravitent autour de l'avenir s'imposent. C'est dans ce cadre que Nazeh plia bagage quelques mois plus tard et partit à la découverte du nouveau monde. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que les années que cet homme a passé aux USA marquèrent un tournant dans sa vie, pour avoir sensiblement influencé sa vision des choses. « Je n'ai jamais été un brillant élève. Je parvenais à passer de classe en classe sans plus. Mais il y avait là-bas un je ne sais quoi qui me poussait à être excellent. Peut-être étais-je pris par la vague des lieux prônant le slogan : tu es le meilleur ou tu n'es pas.», explique-t-il. Une fois arrivé sur le territoire américain, il apprit la langue anglaise à New-York et entama deux licences l'une en recherches opérationnelles, une sorte de mathématiques appliquées, et la deuxième en génie industriel, qu'il a pu finir au bout de trois ans. Un véritable exploit pour ce jeune tunisien d'autant plus qu'il a pu intégrer l'une des plus grandes écoles au monde : Stanford University. Une prestigieuse université privée américaine qu'il a choisie pour compléter sa formation en prônant comme sujet d'études le «General Management». Comme quoi, il aurait suffi à un jeune tunisien d'avoir un environnement favorable à sa formation et propice à son épanouissement personnel pour qu'il puisse réussir malgré la barrière de la langue, l'éloignement du cocon familial. C'est sûrement la notion du challenge quotidien qui le poussait à être « the winner »: «J'ai grandi à Tunis et j'ai ouvert les yeux aux Etats-Unis», dit-il. C'est cette capacité de dire les choses comme ils sont qui nous manque et il était temps, d'après notre invité, de réaliser que le monde a changé et qu'il n'est plus tolérable de se donner le luxe de «mâcher ses mots». Et c'est ce qu'il décidera à établir dans son parcours professionnel.
Une entreprise de famille et de don de soi
On pourrait dire de Nazeh Ben Ammar que c'était un brave jeune qui était là au bon moment, mais cela serait pure mystification puisque, au-delà de sa persévérance et des circonstances propices qui se sont offertes à lui, il s'est donné corps et âme à sa réalisation personnelle sur le plan aussi bien humain que professionnel. Il a consenti tant d'efforts et de temps, tant de volonté et d'acharnement afin de grimper pas à pas les échelons. En effet, notre invité a commencé dans le secteur pétrolier en 1991, juste après la guerre de Golfe. Ce fut une expérience très enrichissante pour un jeune ingénieur qui faisait ses premiers pas dans le marché du travail. Après une très courte escapade au service de l'or noir où il travaillait pour une grande multinationale, il s'est résigné à rejoindre le groupe familial en 1992. Créée par M. Majed Mami, cette société mère a accueilli le talent de ce jeune prometteur et s'est consenti à le suivre dans son élan émancipateur. De son côté, ce jeune homme daffaires à l'esprit vif a très vite compris que l'industrie tunisienne n'était pas à jour. Se mettre en question chaque jour que le bon dieu fait fut la ligne de conduite numéro un, au moment où le secteur textile connaissait une grande crise en Tunisie. Réformer et adopter de nouvelles formules révolutionnaires furent les clefs de sa réussite au sein de MAMI SA entreprise. Il a eu l'idée brillante de convertir le textile proprement dit à de nouvelles applications, faisant de cette société une entreprise de commande plus que de représentation, ce qui a nécessité beaucoup de changements à commencer par le concept même. Et c'est avec une lueur de prouesse dans les yeux que Nazeh Ben Ammar réplique «Je suis fier de ce qu'on est devenu aujourd'hui». Et ceci est légitime vu les chiffres que son entreprise enregistre à son actif et les performances dont ses activités témoignent. Toutefois, ce qui indigne le plus cet homme d'affaires conscient des capacités et des atouts du secteur textile tunisien et de l'industrie en général est sans doute l'inconscience de ses compatriotes. En effet, très peu d'entrepreneurs investissent sur le territoire national alors que les étrangers s'y établissent. Question de confiance, problèmes de communication entre les hommes d'affaires tunisiens. Et les différents organismes financiers participent selon lui à un manque à gagner énorme. De même, il souligne que très peu de Tunisiens exportent aux USA, alors qu'un potentiel considérable existe. Mais encore faut-il avoir des objectifs et ne pas se voiler la face avec une passivité maligne.
M. Mâaloul
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