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Hichem Rostom est grand, voire grandissime, non seulement par sa taille
(1,86 m), son poids (90 kg) et par son âge (60 ans), (car en fin de
compte, on a lâge de ses artères) mais ses talents et par ses
qualités humaines et professionnelles.
Il sagit donc dun de nos artistes hors pair dont la figure est devenue très familière pour tous les Tunisiens à travers ses participations à quelques soixantes pièces de théâtre, quarante films tunisiens et étrangers et surtout des dizaines de feuilletons télévisés ou de téléfilms. Entre cet homme et lart, il y a plus quune passion.
Né le 26 mai 1947 à la Marsa, dans une famille d'enseignants, son grand-père maternel était le directeur du lycée Sadiki de Tunis, son père était instituteur, ensuite directeur du même lycée, Hichem aurait normalement dû suivre sa trace, mais sa passion pour les arts était beaucoup plus grande.
Ce beau gosse, aux yeux marrons, était laîné d'une famille nombreuse composée de cinq garçons et trois filles qui ne manquaient de rien grâce à des parents compréhensifs, ouverts desprit et cultivés. Lenvironnement et le milieu dans lequel il a grandi se caractérisaient par leur diversité, leur ouverture et leur tolérance. Dans son quartier en plein centre de la Marsa, musulmans, chrétiens et juifs cohabitaient sans aucun problème. Tunisiens, Français, Italiens ou Maltais vivaient en harmonie et séchangeaient les richesses culturelles. Lenfance de notre invité a été donc marquée par la diversité, lhétérogénéité, la tolérance et louverture desprit.
Dailleurs, il sen rappelle:«A 60 ans, la principale image qui me reste de mon enfance c'est celle de la tolérance. Jai grandi à la corniche de la Marsa avec des potes de toutes les races et toutes les origines .Je me rappelle mon père qui nous amenait,le 15 août de chaque année, à la Goulette pour voir la sortie de la "Madone". Je me rappelle aussi ce jour de pâques qui a coïncidé à deux reprises avec des fêtes musulmanes, «Le Mouled» et «Achoura».Il y avait un respect énorme entre les gens de toutes les communautés.»
Une adolescence pleine de culture
Sa passion pour les arts, Hichem a commencé à lattraper au sein de la famille maternelle Saheb Etabâa : «Cétait une famille très cultivée ; elle était parmi les premières à acquérir un poste de radio, puis une télévision. Cette famille possédait un grand amour pour la musique et pour les arts. Mon grand-père maternel, qui était le directeur du collège Sadiki, donnait beaucoup dimportance aux activités culturelles. De nombreuses troupes de théâtre, des clowns, des marionnettes ont présenté leurs spectacles au Lycée Sadiki qui était une vraie école de la vie. Javais six à sept ans quand jai commencé à laccompagner pour assister à des shows divertissants. A l'âge de 8 ans, jai découvert lunivers passionnant du cinéma. Chaque dimanche matin j'assistais à des projections de films comme Charly Chaplin, les Marks brothers, Buster kitton
En parallèle, je faisais du Scot. Cétait aussi une belle expérience qui a marqué ma vie.»
A lâge de 14 ans, Hichem a découvert quil était devenu un vrai passionné de théâtre et de cinéma et a choisi de leur consacrer sa vie. Il était accompagné dune bande damis qui comptait parmi ses rangs Raouf Ben Amor, Fadhel Jaziri, Fadhel Jaibi, Mohamed Idriss, Ali Louati... Ces jeunes doués nattendaient que loccasion propice pour prouver létendue de leurs talents.
Pour cela, ils ont multiplié les initiatives et ont intégré les troupes théâtrales avec pour objectif de suivre la trace de Ali Ben Ayed, lidole de toute une génération.
Cest dailleurs ce dernier qui lui a offert loccasion dentamer, en 1964, une vraie carrière de comédien en participant à la création de Othello de William Shakspeare qui a inauguré le centre culturel international de Hammamet.
Ses participations avec la troupe de la Ville de Tunis se sont succédé par la suite et le jeune de 17 ans a eu la chance de travailler dans des pièces très réussies telles que Caligula et Mourad 2. Cette troupe a gagné, à lépoque, un concours de Meilleure uvre avec la pièce"Oédipe Roi", ce qui lui a permis de glaner un voyage d'un mois offert par le ministère de la Culture pour assister au festival du théâtre dAvignon et davoir lhonneur de rencontrer le Président Bourguiba au palais de Carthage.
A 20 ans, Hichem a décidé de partir en France pour faire des études supérieures. «Au début, se rappelle-t-il, mes parents étaient contre ce voyage, mais lintervention de feu Ali Ben Ayed était déterminante. Il a convaincu mes parents pour que je parte. Ils ont cédé, mais ils ont demandé que je fasse des études de littérature française en parallèle avec mes études artistiques »
Après avoir obtenu ses diplômes du centre détudes audiovisuelles, de lIDHEC et sa maîtrise en histoire du théâtre à la Sorbonne, de nouveaux horizons se sont ouverts devant le jeune tunisien qui a travaillé successivement à Radio France, aux studios de Buttes Chaumont, puis en tant quanimateur au théâtre national populaire français, avant doccuper les postes de professeur darts dramatiques, de consultant à lInstitut du monde arabe et de coordinateur et metteur en scène de la compagnie TAT.
En vingt ans de résidence en France, Hichem Rostom a participé à quelques soixante pièces de théâtre dans lesquelles il a côtoyé les plus grands comédiens français. Mais ce qui est remarquable, cest que durant toute cette période, lacteur tunisien a réussi à simposer dans les milieux artistiques français tout en refusant toujours de jouer l'Arabe de service dans le cinéma français. Selon ses convictions, il est méditerranéen de trait et de personnalité, donc il peut illustrer dans des pièces françaises des rôles comme ceux de Hamlet, Otello...
Avec sa vision des choses, il a changé le principe français : «Si tu t'appelles pas Dupont, tu peux pas jouer le rôle d'un Français! »
Du 4ème art au 7ème art
Un jour, Hmeid Attia et Nouri Bouzid sont venus voir Hichem à Paris pour lui proposer un rôle dans le film tunisien "Sabots en or". Il a accepté et a décidé, par la même occasion, de rentrer définitivement en Tunisie en laissant tomber toutes ses gloires en France.
Sa réussite dans «Les sabots en or» a ouvert les opportunités non seulement auprès des cinéastes tunisiens mais aussi auprès des cinéastes européens qui ont commencé à s'intéresser à son talent.
Et depuis, la carrière cinématographique de cet acteur sest élancé avec un rythme vertigineux arrivant à jouer dans de quarante films de différentes nationalités.
Hichem arriva ainsi à être lacteur universel dont il a toujours rêvé d'être!
Le comédien joue dans une pléiade de films dont nous citons en particulier : «Leila, ma raison» de Taieb Louhichi (1991), «Lhomme des rêves» de Carmine Fornari (Italie :1992), «Isabelle Eberhadt» de Ian Pringle (Australie-USA: 1992) «Le nombril du monde» de Ariel Zeitoun (1993), «Mort dun gardien de la paix » de Josée Dayan (France :1994), «Les silences du Palais» de Moufida Tlatli (1994), «Essaida» de Mohamed Zran ( 1995), «Le patient anglais» dAnthony Minghella,(USA : 1997), «Murder in Mesopotamia» de Tom Clegg, (Grande-Bretagne 1999) «Le soleil assassiné» de Abdelkrim Bahloul ( Tunisie Belgique :2002), «Nadia et Sarra» de Moufida Tlatli (2003) etc...
...Aux fictions télévisées
Après son retour en Tunisie, notre invité sest découvert une autre passion : les fictions télévisées ( le dernier feuilleton auquel il a participé étant «Hayet wa amani) dont il est devenu une des figures emblématiques gagnant au passage la sympathie des téléspectateurs qui adorent cet acteur talentueux et élégant qui a prouvé son aptitude à jouer nimporte quel rôle.
Mais malgré toutes ces occupations, Hichem Rostom n'a jamais abandonné son grand amour pour le théâtre. Il fut directeur des JTC durant deux sessions successives, à travers lesquelles il a organisé pour la première fois le théâtre de rue en Tunisie.
Aujourd'hui, lhomme continue sa vie d'artiste entre les tournages en Tunisie et à l'étranger. On le retrouve partout, au Maroc, aux USA, en Egypte où il tourne un film franco-américain et un feuilleton historique égyptien avec Hani Lachine.
Un super papy
La famille est un grand abri pour Hichem. Martine, la femme de sa vie, son fils Mehdi et ses petits- fils présentent un vrai bonheur pour lui. En dehors des tournages, Hichem consacre son temps à ses petits-fils, et cest un vrai super papy!
Sinon, il s'isole dans son bureau pour lire mais surtout pour écrire, il écrit le scénario de deux longs métrages dont un est déjà fini!
Hichem conserve toujours en lui le côté ambitieux et le rêve de réaliser des longs métrages et organiser un grand festival de théâtre de la rue.
Hichem rêve aussi d'un monde plus tolérant, il lance un appel à l'humanité pour le dialogue et pour l'échange interculturel. Il essaye de passer son message à travers ses écritures dans la presse écrite. Son article,"Lettre à mon ami le Juif", est considéré par les ONG comme une référence mondiale en matière de tolérance.
Hassen H.
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