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17-04-2007

Hichem Rostom est grand, voire grandissime, non seulement par sa taille (1,86 m), son poids (90 kg) et par son âge (60 ans), (car en fin de compte, on a l’âge de ses artères) mais ses talents et  par ses qualités humaines et professionnelles.

 
ImageIl s’agit donc d’un de nos artistes hors pair dont la figure est devenue très familière pour tous les Tunisiens à travers ses participations à quelques soixantes pièces de théâtre, quarante films tunisiens et étrangers et surtout des dizaines de feuilletons télévisés ou de téléfilms. Entre cet homme et l’art, il y a plus qu’une passion.

Né le 26 mai 1947 à la Marsa,  dans une famille d'enseignants, son grand-père maternel était le directeur du lycée Sadiki de Tunis,  son père était instituteur, ensuite  directeur du même lycée, Hichem aurait normalement dû suivre sa trace, mais sa passion pour les arts était beaucoup plus grande.

Ce beau gosse, aux yeux marrons, était l’aîné d'une famille nombreuse composée de cinq garçons et  trois filles qui ne manquaient de rien grâce à des parents compréhensifs, ouverts d’esprit et cultivés. L’environnement et le milieu dans lequel il a  grandi se caractérisaient par leur diversité, leur ouverture et leur tolérance. Dans son quartier en plein centre de la Marsa, musulmans, chrétiens et juifs cohabitaient sans aucun problème. Tunisiens, Français, Italiens ou Maltais vivaient en harmonie et s’échangeaient les richesses culturelles. L’enfance de notre invité a été donc marquée par la diversité, l’hétérogénéité, la tolérance et l’ouverture d’esprit.

D’ailleurs, il s’en rappelle:«A 60 ans, la principale image qui me reste de mon enfance c'est celle de la tolérance. J’ai grandi à la corniche de la Marsa avec des potes de toutes les races et toutes les origines .Je me rappelle mon père qui nous amenait,le 15 août de chaque année, à la Goulette pour voir la sortie de la "Madone". Je me rappelle aussi ce jour de pâques qui a coïncidé à deux reprises avec des fêtes musulmanes, «Le Mouled» et «Achoura».Il y avait un respect énorme entre les gens de toutes les communautés.»

Une adolescence pleine de culture

Sa passion pour les arts, Hichem a  commencé à l’attraper au sein de la famille maternelle Saheb Etabâa : «C’était une famille très cultivée ; elle était parmi les premières à acquérir un poste de radio, puis une télévision. Cette famille possédait un grand amour pour la musique et pour les arts. Mon grand-père maternel, qui était le directeur du collège Sadiki, donnait beaucoup d’importance aux activités culturelles. De nombreuses troupes de théâtre, des clowns, des marionnettes ont présenté leurs spectacles au Lycée Sadiki qui était une vraie école de la vie. J’avais six à sept ans quand j’ai commencé à l’accompagner pour assister à des shows divertissants. A l'âge de 8 ans,  j’ai découvert l’univers passionnant du cinéma. Chaque dimanche matin j'assistais à des projections de films comme Charly Chaplin, les Marks brothers, Buster kitton…En parallèle, je faisais du Scot. C’était aussi une belle expérience qui a marqué ma vie.»

A l’âge de 14 ans, Hichem a découvert qu’il était devenu un vrai passionné de théâtre et de cinéma et a choisi de leur consacrer sa vie. Il était accompagné d’une bande d’amis qui comptait parmi ses rangs Raouf Ben Amor, Fadhel Jaziri, Fadhel Jaibi, Mohamed Idriss, Ali Louati... Ces jeunes doués n’attendaient que l’occasion propice pour prouver l’étendue de leurs talents.

Pour cela, ils ont multiplié les initiatives et ont intégré les troupes théâtrales avec pour objectif de suivre la trace de Ali Ben Ayed, l’idole de toute une génération.


C’est d’ailleurs ce dernier qui lui a offert l’occasion d’entamer, en 1964, une vraie carrière de comédien en participant à la création de Othello de William Shakspeare qui a inauguré le centre culturel international de Hammamet.

Ses participations avec la troupe de la Ville de Tunis se sont succédé par la suite et le jeune de 17 ans a eu la chance de travailler dans des pièces très réussies telles que Caligula et Mourad 2. Cette troupe  a gagné, à l’époque, un concours de Meilleure œuvre avec la pièce"Oédipe Roi", ce qui lui a permis de glaner un voyage d'un mois offert par le ministère de la Culture pour assister au festival du théâtre d’Avignon et  d’avoir l’honneur de rencontrer le Président Bourguiba au palais de Carthage.

A 20 ans, Hichem a décidé de partir en France pour faire des études supérieures. «Au début, se rappelle-t-il, mes parents étaient contre ce voyage,  mais l’intervention de feu Ali Ben Ayed était déterminante. Il  a convaincu mes parents pour que je parte. Ils ont cédé, mais ils ont demandé que je fasse des études de littérature française en parallèle avec mes études artistiques »

Après avoir obtenu ses diplômes du centre d’études audiovisuelles, de l’IDHEC et sa maîtrise en histoire du théâtre à la Sorbonne, de nouveaux horizons se sont ouverts devant le jeune tunisien qui a travaillé successivement à Radio France, aux studios de Buttes Chaumont, puis en tant qu’animateur au théâtre national populaire français, avant d’occuper les postes de professeur d’arts dramatiques, de consultant à l’Institut du monde arabe et de coordinateur et metteur en scène de la compagnie TAT.

En vingt ans de résidence en France, Hichem Rostom a participé à quelques soixante pièces de théâtre dans lesquelles il a côtoyé les plus grands comédiens français. Mais ce qui est remarquable, c’est que durant toute cette période, l’acteur tunisien a réussi à s’imposer dans les milieux artistiques français tout  en refusant toujours de jouer l'Arabe de service dans le cinéma français. Selon ses convictions, il est méditerranéen de trait et de personnalité, donc il peut illustrer dans des pièces françaises des rôles comme ceux de Hamlet, Otello...

Avec sa vision des choses, il a changé le principe français : «Si tu t'appelles pas Dupont, tu peux pas jouer le rôle d'un Français! »

Du 4ème art au 7ème art

Un jour, Hmeid Attia et Nouri Bouzid sont venus voir Hichem à Paris pour lui proposer un rôle dans le film tunisien "Sabots en or". Il a accepté et a décidé, par la même occasion, de rentrer définitivement en Tunisie en laissant tomber toutes ses gloires en France.

Sa réussite dans «Les sabots en or» a ouvert les opportunités non seulement auprès des cinéastes tunisiens mais aussi auprès des cinéastes européens qui ont commencé à s'intéresser à son talent.

Et depuis, la carrière cinématographique de cet acteur s’est élancé avec un rythme vertigineux  arrivant à jouer dans de quarante films de différentes nationalités.

Hichem arriva ainsi à être l’acteur universel dont il a toujours rêvé d'être!

Le comédien joue dans une pléiade de films dont nous citons en particulier : «Leila, ma raison» de Taieb Louhichi (1991), «L’homme des rêves» de Carmine Fornari (Italie :1992), «Isabelle Eberhadt» de Ian Pringle (Australie-USA: 1992) «Le nombril du monde» de Ariel Zeitoun (1993), «Mort d’un gardien de la paix » de Josée Dayan (France :1994), «Les silences du Palais» de Moufida Tlatli (1994), «Essaida» de Mohamed Zran ( 1995), «Le patient anglais» d’Anthony Minghella,(USA : 1997), «Murder in Mesopotamia» de Tom Clegg, (Grande-Bretagne 1999) «Le soleil assassiné» de Abdelkrim Bahloul ( Tunisie Belgique :2002), «Nadia et Sarra» de Moufida Tlatli (2003)  etc...

...Aux fictions télévisées

Après son retour en Tunisie, notre invité s’est découvert une autre passion : les fictions télévisées ( le dernier feuilleton auquel il a participé étant «Hayet wa amani) dont il est devenu une des figures emblématiques gagnant au passage la sympathie des téléspectateurs qui adorent cet acteur talentueux et élégant qui a prouvé son aptitude à jouer n’importe quel rôle. 

Mais malgré toutes ces occupations, Hichem Rostom n'a jamais abandonné son grand amour pour le théâtre. Il fut directeur des JTC durant deux sessions successives, à travers lesquelles il a organisé pour la première fois le théâtre de rue en Tunisie.

Aujourd'hui, l’homme continue sa vie d'artiste entre les tournages en Tunisie et à l'étranger. On le retrouve partout, au Maroc, aux USA, en Egypte où il tourne un film franco-américain et un feuilleton historique égyptien avec Hani Lachine.

Un super papy

La famille est un grand abri pour Hichem. Martine, la femme de sa vie, son fils Mehdi et ses petits- fils présentent un vrai bonheur pour lui. En dehors des tournages,  Hichem consacre son temps à ses petits-fils, et c’est un vrai super papy!

Sinon, il s'isole dans son bureau pour lire mais surtout pour écrire, il écrit le scénario de deux longs métrages dont un est déjà fini!

Hichem conserve toujours en lui le côté ambitieux et le rêve de réaliser des longs métrages et organiser un grand festival de théâtre de la rue.

Hichem rêve aussi d'un monde plus tolérant, il lance un appel à l'humanité pour le dialogue et pour l'échange interculturel. Il essaye de passer son message à travers ses écritures dans la presse écrite. Son article,"Lettre à mon ami le Juif", est considéré par les ONG comme une référence mondiale en matière de tolérance.

Hassen H.
 


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