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Mohamed Guellala : Un Tunisien à la tête d’Air Burkina
25-12-2007

Le nom de Guellala rime, à Hammam-Lif notamment, avec l’âge d’or du handball tunisien car feu Abdelaziz Guellala était non seulement un handballeur aux qualités exceptionnelles mais, qui plus est, un meneur d’hommes et un gentleman sur les terrains de jeu et dans la vie tout court.

C’est lui d’ailleurs qui a initié le jeune footballeur que j’étais, à ce nouveau jeu où les mains remplacent les pieds sans pour autant que la tête perde le fil de ses idées…Ce n’est pas par hasard par conséquent qu’en souvenir du vaillant Capitaine d’Al Mansourah (avec laquelle il remporta la Coupe de Tunisie) et du Club Sportif d’Hammam-Lif, la Salle des Sports construite au pied du Bou Kornine a été dédiée au regretté Abdelaziz Guellala».
Le cadet des Guellala, Mohamed, «Hamadi» pour les intimes, cinéphile et cinéaste par passion (il a gagné un oscar au festival du cinéma de Kélibia dans les années 1960), aurait pu, lui aussi, faire une carrière professionnelle en France où, remarqué au sein d’une équipe universitaire, il a été contacté par le club de Tourcoing. Mais, réflexion faite, le jeune étudiant préféra se focaliser sur ses études.
Après quelques années vouées à l’enseignement, le professeur d’histoire -géo changea son fusil d’épaule en mettant le cap cette fois-ci sur le transport aérien où, peu à peu, il va s’imposer, à Tunisair d’abord puis, à la tête d’Air Burkina, une compagnie aérienne qui fête cette année ses 40 ans d’existence… mouvementée.
A Tunisair Mohamed Guellala représenta sa compagnie, notamment en Turquie et en France.
Le savoir-faire du Tunisien allait être plus tard exploité par Air Burkina, la compagnie qui a été rachetée par le Réseau Aga Khan de Développement (AKDN). Depuis des années, Aga Khan, «le Prince des pauvres», ne cesse d’investir dans les pays les plus démunis. Pour ce milliardaire et descendant d’une dynastie mythique, «chaque projet doit impérativement comporter un angle social.»
Le plus grand employeur privé au Burkina Faso – à travers sa société sucrière de la Comoe- a encore investi dans Air Burkina en devenant l’actionnaire majoritaire de cette jeune compagnie qui était à la recherche d’urgence d’un spécialiste capable de la diriger à bon port.  L’oiseau rare est un Tunisien, qui est, de l’avis des nombreuses personnalités que nous avons rencontrées à Ouagadougou, en train d’accomplir du bon travail et de remplir parfaitement sa mission. «Plus qu’un patron, Mohamed Guellala est un formateur» m’a confié l’un de ses hauts cadres et ancien pilote au sein d’Air Volta.
Le Directeur général, qui devait nous accorder une interview il y a quelques années déjà, a préféré attendre, le temps que les choses prennent forme et que les résultats parlent d’eux-mêmes ! C’est plus sage en effet d’autant plus que cette compagnie du «bon voisinage» a, en moins de trois ans, «bouffé» trois hauts responsables. Un record. Car gérer une telle entreprise n’est pas de tout repos pour ce discret spécialiste qui n’hésite pas à rejoindre l’aéroport de Ouaga  tard la nuit pour suivre de près les opérations de son personnel avant le décollage de son A319 pour Paris.
Un challenge réussi
En 2001, Air Burkina a été privatisée et ses performances étaient alors plutôt modestes. 
C’est pour cela que le challenge était difficile à réussir, mais c’était sans compter sur le savoir faire de notre compatriote, qui depuis, son avènement a amélioré progressivement la situation malgré un environnement délicat (la guerre civile en Côte d’Ivoire) et les prix du pétrole qui flambent…
«Au départ, la situation était très difficile. Nous avions plusieurs choses à affronter dont essentiellement : la crise ivoirienne en 2004 et, depuis quelques mois notamment, le prix du kérosène qui bouleverse toutes nos données.
A titre de rappel, en 2001, l’année de la privatisation, Air Burkina a transporté 62 500 passagers. L’année suivante, la compagnie a fait mieux : 90.000 passagers. En 2003, Air Burkina a nettement amélioré ses performances en transportant 106.000 passagers. Puis, en 2004, la guerre civile en Côte d’ivoire a fini par laisser des traces puisque Air Burkina a vu ses performances baisser et a dû se contenter du transport de 96.000 passagers. En 2005, les résultats ne furent guère meilleurs  mais un léger mieux a été réalisé en 2006: 97.000 passagers…Sans vouloir anticiper, je vous dirai que, cette année, nous espérons atteindre les 120.000 passagers.»
Outre la desserte de l’Afrique centrale, l’achat de billet par Internet, Air Burkina a connu d’autres innovations tel que la desserte de Paris, un fait marquant pour la compagnie selon son directeur qui ajoute dans ce sens : «C’est une nouvelle donne à la mesure des ambitions de la compagnie qui ne pouvait plus travailler en vase clos si je puis dire. Il fallait donc réduire l’isolement de la compagnie et l’aider à développer son réseau au delà des dessertes habituelles. Nous savions que cette desserte allait être déficitaire durant ses premières années d’activité, mais dès 2010, la situation sera équilibrée.»

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En vrai perfectionniste, Mohamed a indiqué qu’il n’est pas encore satisfait des services offerts à la clientèle sur cette ligne et cela même lorsqu’on lui a indiqué q’on a remarqué lors de notre voyage Paris – Ouaga sur un vol d’Air Burkina que tout a été parfait, y compris le service.  Selon lui : «Il faut sans cesse être à l’écoute de la clientèle et améliorer constamment les services à tous les niveaux parce que la concurrence est rude et gare à l’autosatisfaction ! Pour attirer les passagers, il faut tenter de faire mieux que les autres et pour faire mieux que les autres, il faut continuellement se remettre en question et rechercher les moyens adéquats pour être au top.»
Concernant ses objectifs et ses projets futurs pour améliorer les performances d’Air Burkina, notre compatriote dit :«Nous allons acquérir un MD87 qui va nous permettre d’accroître nos capacités de remplissage, d’étendre notre rayon d’action et d’offrir plus de confort à notre clientèle régionale en Afrique, là où la demande est particulièrement forte.
Nous avons aussi l’intention de développer notre activité en Afrique centrale. Nous comptons aussi ouvrir un Centre de maintenance MD87 avec la contribution de Méridiana et le support de Celestair. Enfin, un autre projet nous tient à cœur : l’ouverture d’une desserte Afrique du Nord»
Une reconnaissance méritée
…Quand on a informé notre compatriote que M. Joseph Parcouda, ex-conseiller financier du Président de la République, ex-ministre de l’Agriculture et ancien Directeur général d’Air Volta (Air Burkina) nous a déclaré que durant son mandat à la tête de la compagnie qu’il dirige actuellement, il rêvait de réaliser ce qu’ a  accompli Mr Guellala justement en l’espace de quelques années, notre interlocuteur nous a paru un peu gêné avant de préciser : «Je suis heureux que le travail de toute une équipe commence à donner des fruits. Mais je dois souligner toutefois qu’il nous reste beaucoup à faire pour réaliser les ambitions d’Air Burkina.»
Le nouveau logo de cette sympathique et dynamique compagnie est clair : «Air Burkina, le sentiment d’une bonne compagnie». Nous partageons aussi ce sentiment.
 Texte et photos : Tijani Azzabi
 


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